Le Congrès défie M. Bush sur la cession de six ports
L'affaire a pris une dimension symbolique : éléments clefs de la sécurité nationale, les ports passeraient sous le contrôle d'une compagnie arabe. Dubaï n'a jamais été autant étudié. Les ténors de la télévision s'y sont rendus. Le chapitre sur les Emirats dans le rapport annuel du département d'Etat sur les droits de l'homme a été épluché. Dubaï est plutôt critiqué pour le trafic des êtres humains et sa pratique de la flagellation que pour ses ambitions économiques, mais peu importe. Lors d'une audition à la commission des relations internationales de la Chambre des représentants, l'Emirat a été accusé d'être le "noeud du trafic international de matériels nucléaires" et de représenter un "risque" pour la sécurité des Etats-Unis, bien qu'il soit membre de la coalition antiterroriste américaine.
LES DÉMOCRATES EN POINTE
Les démocrates sont à la pointe de la bagarre sur cette affaire qui leur permet, en année électorale, d'essayer de doubler les républicains sur leur terrain, celui de la sécurité. Le schéma est simple et des publicités politiques sont déjà apparues dans les villes portuaires. "Le président Bush veut vendre nos ports aux Emirats arabes unis, le pays dont étaient originaires deux des pirates de l'air du 11 septembre 2001." Les républicains ont senti le danger. L'état-major croyait avoir été tiré d'affaire par la décision de demander une enquête sur la compagnie, soit un délai de 45 jours, mais l'agitation n'a pas diminué. La représentante de l'Ohio, Deborah Pryce, a affirmé à la télévision recevoir des centaines de courriels réclamant la suspension de la vente.
Les élus, qui prennent déjà leurs distances avec un président au plus bas dans les sondages, mettent en cause l'obstination de M. Bush - qui effectuait mercredi sa dixième visite à La Nouvelle-Orléans depuis l'ouragan de fin août 2005 - et dont la position est "inchangée", comme l'a répété son porte-parole.
"A moins de 38 % de taux d'approbation dans les sondages, expliquait mardi le politologue Charles Cook, les candidats s'efforcent de fuir le président."
L'affaire intervient six mois après la tentative - avortée - de rachat de l'américain Unocal par le troisième groupe pétrolier chinois. Dans un pays en état d'insécurité chronique, elle traduit un climat favorable à l'isolationnisme, ce que ne reflètent ni la diplomatie ni la politique économique de M. Bush. Celui-ci a implicitement reproché à l'opinion de réagir parce que Dubaï est un pays arabe.
Ses détracteurs lui reprochent de ne pas être en phase avec le pays. Selon un sondage ABC News publié jeudi par le Washington Post, 46 % des Américains ont une perception négative de l'islam, 7 % de plus que dans les mois qui ont suivi le 11-Septembre.
CHIFFRES
P & O ET DP WORLD. Le groupe britannique P & O, créé en 1837, réalise 70 % de ses profits dans l'activité portuaire. En 2005, Dubaï Ports World, qui existe depuis 1999, a vu 8 millions de conteneurs passer par ses ports, situés dans une vingtaine de pays.
COÛT DU RACHAT. DP World propose de débourser 5,72 milliards d'euros pour acquérir P & O. Le groupe public, sixième gestionnaire de ports après le rachat de CSX World Terminals en 2005, devrait se hisser dans les trois premiers en termes de trafic avec l'Autorité du port de Singapour (PSA) et le danois APM Terminals.
PORTS AMÉRICAINS. P & O possède 29 terminaux portuaires dans le monde, dont six aux Etats-Unis (New York, Newark, Baltimore, Philadelphie, Miami et La Nouvelle-Orléans).
ÉCHANGES COMMERCIAUX. En 2005, les échanges entre les Etats-Unis et les Emirats arabes unis se sont élevés à 8,6 milliards de dollars. Les deux pays négocient actuellement un accord de libre échange.
Article paru dans l'édition du 10.03.06