Alcatel et Lucent veulent s'unir face aux concentrations des opérateurs
L'équipementier français en télécommunications Alcatel et son concurrent américain Lucent Technologies vont tenter une nouvelle fois de s'unir pour créer un des équipements télécoms, capable de répondre aux concentrations en cours chez les opérateurs.
Les deux sociétés ont annoncé vendredi dans un bref communiqué qu'elles avaient engagé des négociations en vue d'une fusion "entre égaux", ajoutant sans plus de détails que l'opération, si elle avait lieu, se ferait au prix du marché.
Selon l'institut spécialisé IDATE, ce mariage franco-américain donnerait naissance à un numéro deux des équipements de réseaux pour le téléphone et l'internet, presque ex-aequo avec le premier mondial, l'américain Cisco Systems.
Additionnées les capitalisations boursières des deux groupes atteindraient plus de 30 milliards de dollars, dont près de 20 mds pour le groupe français et un peu moins de 13 mds pour l'équipementier américain.
Une précédente tentative de fusion avait eu lieu en 2001 mais avait achoppé sur la valorisation de Lucent, dont les pertes dans les mois qui ont suivi se sont révélées gigantesques. Ce n'est qu'au prix d'un régime drastique que Lucent a pu survivre à cette crise et afficher aujourd'hui une rentabilité.
Alcatel a dû lui aussi procéder à une cure rigoureuse, ce qui lui permet de renouer avec les profits.
De source proche du dossier, on indique que le projet n'est pas identique à celui envisagé en 2001: "En 2001, nous étions encore dans l'euphorie de la bulle internet. Les temps ne sont plus les mêmes. Le contexte est différent, aussi le projet de fusion ne peut être exactement le même", a-t-on ajouté de même source.
Ce projet intervient alors que le secteur des télécommunications américain est en pleine consolidation, surtout du côté des opérateurs.
L'opérateur historique américain ATT, qui a fusionné avec l'opérateur de télécoms SBC et a annoncé ce mois-ci le rachat de BellSouth pour 67 milliards de dollars, est en train de reprendre la taille de mastodonte qu'il avait avant son démantèlement en 1984.
Par ailleurs l'opérateur de télécoms Verizon a aussi fusionné avec MCI, l'ex-WorldCom spécialisé dans les services de téléphonie fixe aux entreprises.
Tous ces mouvements avaient relancé les spéculations sur un nécessaire rapprochement entre équipementiers pour contrer la nouvelle force de frappe des opérateurs.
Une précédente vague de fusions-acquisitions avait déjà eu lieu fin 2005, le suédois Ericsson rachetant le britannique Marconi et l'américain Cisco Systems mettant la main sur Scientific Atlanta.
Pour Julien Salanave, chef de projet à l'IDATE, ce nouveau mariage serait donc une accélération de la concentration du secteur. Mais dans le cas d'Alcatel et Lucent, il "n'aurait de logique industrielle qu'à travers des synergies de coûts et des restructurations", a-t-il souligné.
Alcatel et Lucent ont des secteurs d'activités très proches, étant tous les deux équipementiers en télécoms aussi bien fixe que mobile.
La principale différence entre les deux groupes est que le français est également présent dans les satellites.
Autre intérêt d'un rapprochement, l'américain est surtout présent sur son marché national tandis que le groupe français a étendu sa couverture sur les marchés européens et asiatiques.
Selon le Wall Street Journal, Patricia Russo, PDG de Lucent, pourrait prendre la direction opérationnelle du nouvel ensemble.
D'après des analystes interrogés par l'AFP, la fusion entre les deux groupes écarterait le scénario régulièrement évoqué d'un rapprochement entre Alcatel et le groupe d'électronique de défense Thales.
A la Bourse de Paris, l'action Alcatel a terminé la séance de vendredi en hausse de 1,56% à 13,05 euros, le CAC 40 gagnant de son côté 0,46%.
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