OPA : la liste des entreprises du CAC 40 surveillées par Matignon
LaTribune 3 mars 2006
OPA : la liste des entreprises du CAC 40 surveillées par Matignon
La « liste rouge »
Arcelor, Suez, Danone, Société Générale, Casino, Saint-Gobain, Thomson, Carrefour, Vivendi Universal.
Ainsi qu’une dizaine d’autres entreprises extérieures au CAC 40. ■ Établie depuis l’automne par les services de renseignements, une liste d’une dizaine d’entreprises du CAC 40 a été transmise à Dominique de Villepin.
■ Mais les groupes concernés n’ont pas toujours cru ces avertissements. Branle-bas de combat à Matignon.
La liste d’une dizaine de groupes du CAC 40, futures proies potentielles d’OPA étrangères, est sur le bureau du Premier ministre depuis l’automne dernier. Selon nos informations, confirmées par deux sources indépendantes, les services de renseignements et d’intelligence économique de la nation ont établi dès novembre dernier la liste des champions nationaux.Parmi eux, on trouve, en plus d’Arcelor et de Suez qui sont déjà au coeur de l’actualité, Danone, la Société Générale, Casino, Saint-Gobain. Y figureraient aussi Thomson, d’où les spéculations sur une fusion avec Alcatel, ainsi que Carrefour et Vivendi Universal. Cette liste comprendrait, de plus, une dizaine d’autres entreprises moins grandes n’appartenant pas au CAC 40. La précision des informations données et le danger clair et présent relevé par les services de renseignements expliquent sans aucun doute le regain de patriotisme économique de ces dernières semaines. Alors qu’il ne s’agissait au départ que de protéger des petites entreprises de haute technologie, type Gemplus, ce concept s’applique désormais à des groupes de grande taille menacés d’OPA étrangères. Diverses mesures ont été prises très récemment pour les défendre : outre le décret de protection des secteurs sensibles, en cours de négociation avec Bruxelles, le ministre de l’Économie et des Finances, Thierry Breton, vient de faire passer au Sénat de nouveaux amendements plus protecteurs dans la loi de transposition de la directive européenne anti-OPA, pour permettre l’émission de bons de souscription d’actions.Enfin,Dominique de Villepin a demandé hier à la CDC de renforcer le poids de ses investissements en actions françaises (lire ci-dessous). A un an de l’élection présidentielle, les pouvoirs publics craignent les dégâts sociaux de ces OPA et veulent surtout préserver le maintien des centres de décision en France. Pourtant, les informations rassemblées par les services de renseignements ont d’abord été négligées.La direction du groupe Arcelor a ainsi été prévenue de l’imminence de l’offre de Mittal dès le 17 novembre. Suez a été informé du probable raid de l’italien Enel, comme il avait été prévenu à deux autres occasions des visées d’un prédateur. Pour établir cette « liste rouge » , les services sont partis d’analyses de la valeur boursière de l’entreprise, comparée à son potentiel économique, de la dilution de l’actionnariat, des difficultés de succession rencontrées, de la croissance prévisible du marché dans lequel elle évolue et d’une analyse des informations « humaines ». Selon nos informations, au moins un des dossiers rassemblait les détails précis de l’attaque, avec notamment la liste des paradis fiscaux et autres comptes off shore servant à masquer les préparatifs. Autre élément d’information, les évolutions de la législation. Ainsi, la disparition programmée de la politique agricole commune à l’horizon de 2013 aiguiserait les appétits des raiders pour les industries agroalimentaires.Tout comme la libéralisation du marché de l’énergie en Europe est à l’origine des diverses OPA de ces derniers jours. La liste établie par les services est une évaluation pour les trois prochains mois.Elle peut donc évoluer.
Pascal Junghans et Philippe Mabille