Les enjeux de la guerre économique, Alain Juillet
décembre 2005
Un simple « clic » sur Internet et déjà vous êtes susceptible d’être espionné. L’intelligence économique est la nouvelle révolution de ce siècle, prévient Alain Juillet, ancien directeur du Renseignement à la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et responsable de l’Intelligence économique au Secrétariat général de la Défense nationale. Fascinant et inquiétant.
Vous affirmez que l’intelligence économique est aujour- d’hui comparable à une « lame de fond ». Le danger est-il si important ?
Ce n’est pas un danger, c’est une réalité. Il serait mauvais de ne pas la voir. La mondialisation a créé des opportunités considérables pour ceux qui savent les identifier. C’est ça le secret. Si vous pratiquez l’intelligence économique, vous êtes capable de détecter à l’autre bout du monde un marché qui vous permettra de vendre vos produits, alors que vous pouvez avoir dans le même temps de grosses difficultés sur le marché français ou européen. C’est donc un relais de croissance pour ceux qui savent l’utiliser. A l’inverse, nos entreprises sont de plus en plus surveillées alors qu’elles ne le savent pas toujours. L’informatisation des échanges amène au partage des informations de manière involontaire.
Le propriétaire d’un moteur de recherche peut savoir les questions que vous posez sur internet, idem pour le téléphone. Vous pouvez aussi avoir des informations par les forums ou les blogs. Les gens ont pris l’habitude d’échanger. Mais en envoyant de l’information, il faut comprendre que l’on se découvre. Les chiffres des entreprises sont à la disposition de tout le monde... Il y a plein d’éléments qui font que l’entreprise est aujourd’hui très exposée.
Vous dites que ce combat n’est pas à armes égales. Quelles sont les armes de nos concurrents ?
Si un pays ou une entreprise concurrente a des outils de recherche plus performants que les autres, il va pouvoir mieux détecter les opportunités. Il peut acheter l’entreprise, lui passer de grosses commandes... C’est pour cela qu’il y a aujourd’hui une forte mobilisation au niveau européen pour investir dans les technologies de l’information de manière à pouvoir faire face à cette pression qui arrive de partout, de Chine, d’Inde, du Japon, des Etats-Unis. Comment une PME peut-elle résister à cette concurrence exacerbée ? Elle doit être maligne. L’intelligence économique n’exige pas forcément de gros moyens. Si vous avez simplement la bonne information, cela suffit ! Le problème est de la sélectionner dans une surabondance d’information. Pour les PME, cette sélection doit donc être faite par quelqu’un d’autre, ou bien par un réseau de PME ou de chambres consulaires susceptibles de financer de la veille technologique. Pourquoi l’Etat souhaite-t-il amener cette intelligence économique au niveau des régions ? Les entreprises du CAC 40 car elles peuvent se débrouiller toutes seules. Le rôle de l’Etat est de mieux soutenir les autres, les 2,3 millions de TPE-PME-PMI. C’est impossible de gérer cela au niveau national. Il faut s’appuyer sur les régions et les acteurs locaux. En Bretagne, il y a un comité d’intelligence économique au niveau de la préfecture de Région. Il va travailler avec les administrations, les élus, les chambres consulaires...
L’Université de Rennes sera pilote en matière d’intelligence économique ?
On est en train de travailler pour voir comment elle pourrait être l’un des deux pilotes d’une mise en place de l’intelligence économique dans le cadre de la formation universitaire classique LMD. Ce sera un test pour adapter progressivement cette formation à l’ensemble des universités.